dimanche 17 février 2013

Tant que y a de LAVIE, il y a de l’ESPOIR…


Je me demande bien ce que vous en pensez, vous, de ce dicton.
Vous mes patients avec des noms comme « Lavie », « Chance », « Espoir ».

Dis-moi LAVIE, incarnes-tu ton nom ?
CHANCE, à part ton nom en as-tu trouvé beaucoup le long de ton chemin ?
Et toi ESPOIR, toi qui a été l’espoir de tes parents pour qu’ils te donnent ce nom, quels sont tes espoirs à toi ?

Vous, jeunes combattants, je vous accueille depuis plusieurs semaines, je vous « cueille » parfois en bien mauvais état. J’essaie de rassurer vos regards inquiets par des gestes assurés et des soins les plus doux possibles. J’essaie d’ouvrir des brèches dans votre carapace en vous saluant tout les matin, en vous serrant la main et en vous regardant dans les yeux, en vous souriant, et parfois lorsque vous m’en donnez l’occasion en vous taquinant.

J’essaie de vous rappeller qu’il y a des règles à respecter dans toutes les sociétés, le respect de soit en mangeant correctement et en se lavant ce que vous semblez avoir oublié après plusieurs mois passés en fortêt. Le respect des autres patients qui dans cet hôpital ne sont plus vos ennemis, mais des hommes blessés, comme vous. Des pères, des frères, des fils, des humains. Comme vous. Le respect du personnel soignant qui vous aide à lutter contre les infections, qui vous aide vous battre contre la maladie et à gagner ce combat dans lequel vous êtes pour une fois les seuls à y laisser des plumes.

Chaque fois que je rencontre l’un de vous (espèces d’adolescents dont l’enfance n’a jamais eu l’occasion de se terminer normalement et qui n’atteindra jamais l’âge adulte puisque l’on vous a détourné de ce processus en vous bestialisant, en déshumanisant votre âme) mon cœur se sert, mon cœur frémis. Je pense à vos familles, à ce que vous avez subit, à ce que vous avez fait subir à tellement d’autres. Je m’indigne de cet engrenage dans lequel vous êtes pris au piège et dont il semble impossible de s’échapper.

Chaque jour, je prie pour que lorsque je vous regarde, ce ne soit pas le combattant errant, fou, violent, violeur, pillard que je vois, mais simplement mon frère, blessé, vulnérable, à qui je rend son humanité, sa normalité.

Et mon ESPOIR pour LAVIE à votre sortie de l’hôpital, c’est que vous ayez tous droit à une deuxième CHANCE.
Je vous garde dans mon cœur.

mardi 5 février 2013

Week-end au Rwanda

2 février 2013, Gisenyi

C'est la fin d'après-midi à Inzu Lodge situé un peu en hauteur sur les rives du lac Kivu au Rwanda. La pluie fine qui est tombée pendant 2 heures et a bercée ma sieste est maintenant terminée.

Je suis entourée des bruits villageois que j'avais oubliés.
Les cris de jeu des enfants du voisinage, une radio avec de la musique, le brouhaha que forme le mélange des gazouillements d'oiseaux et bruissements d'insectes, le bruits des travaux des champs derrière la cloture. Tient! J'entends même un cochon et des chèvres... oulà... le cochon a vraiment pas l'air content...
Quelques grondement lointain du tonnerre qui s'éloigne. Le chant des pêcheurs qui s'élève du lac. C'est drôle, ils accrochent leurs barques 3 par 3 en les reliant avec de longues perches. je me demande pourquoi.










Les collines font des vagues de plus en plus petites pour finalement disparaitre dans un lac miroir. Parfois elles réapparaissent un peu plus loin sous forme d'îlot. Je pourrais rester là des heures à regarder la lumière changer... d'ailleurs c'est ce que je fais.